• Charlie et la pleurnicherie

    563248010.2.jpgLa chronique

    de Philippe Randa

    L’hécatombe autour de la rédaction deCharlie hebdo et ses victimes collatérales(un agent d’entretien et un policier) horrifie à juste titre le pays tout entier. Une journée de deuil national a été déclarée et les drapeaux de la nation resteront en berne deux autres journées !

    Beaucoup d’honneurs, donc… pour beaucoup de haine !

    Et des condamnations unanimes de part et d’autres… mais qui, à part une poignée d’abrutis qui pour des raisons politiques, qui pour des raisons religieuses, pourraient donc bien approuver de tels crimes ?

    Traitons, néanmoins, cet événement dramatique avec objectivité, ce qui n’a pas été le cas de la plupart des médias enivrés par l’emballement de l’audimat… et encore moins de la classe politique, particulièrement hypocrite en l’occurrence.

    Rectifions déjà le motif exact de celle-ci : les journalistes deCharlie hebdo n’ont pas payé de leur vie un combat pour la liberté d’expression qui ne leur a jamais été remise en cause par le gouvernement actuel, ni par les précédents ; ils n’ont pas subi les foudres des lois Gayssot et Pleven des années 70 et 80 ou, plus récemment, comme Dieudonné a vu l’interdiction de ses spectacles…

    Les journalistes de Charlie hebdo ont été abattus au seul motif des idées qu’ils défendaient. Ce que l’on ne peut que respecter, même si on ne les partage pas… et qui les assurent désormais d’une postérité indéniable.

    Relativisons ensuite les manifestations à travers le pays : ce n’est pas la liberté d’expression, là non plus, que les foules sont venus défendre, mais simplement un sentiment de légitime révolte face à une tuerie sanglante. Là aussi, c’est respectable, à condition de ne tromper personne.

    Guère d’entre ces manifestants indignés ne songeaient à défendre la liberté d’expression avant ce mercredi 7 janvier lorsqu’il aurait fallu la soutenir financièrement : comme l’ensemble de la presse française à de rares exceptions près, l’hebdo dirigé par Charb voyait ses abonnements chuter et ses ventes régulièrement diminuer.

    Quant à la classe politique qui ne tarît plus déloges à son égard, elle doit être tout de même soulagé dans son ensemble par la disparition possible du titre, même s’il est déjà annoncé qu’il devrait perdurer, pendant un temps en tout cas et avec une équipe forcément différente et bien justement traumatisée !

    L’hebdomadaire satirique n’épargnait en effet personne, même s’il maltraitait certains plus que d’autres… Et se voir, ou risquer de se voir, croquer dans des positions humiliantes ou très régulièrement recouvert d’injures devait finir par en irriter plus d’un tout de même !

    Les croyants, catholiques et musulmans en premier, mais sans doute tous les croyants de quelque confession qu’il soit, une fois l’émotion passée – et l’actualité médiatique  va s’y entendre pour cela – ne seront pas peinés pas outre mesure par la disparition de dessins blasphématoires et de textes orduriers dont la défunte équipe s’était faite une spécialité. Si une nouvelle équipe devait se mettre en place, suivra-t-elle l’exemple ou se montrera-t-elle plus prudente ?

    Pour ce qui est des musulmans les plus radicaux, ils ne tarderont guère, si ce n’est déjà fait ! à louer comme il se doit les deux frères « vengeurs du prophète » comme ils se sont eux-mêmes auto-proclamés… 

    Trop de larmes de crocodiles n’aura sans doute pas été la façon la plus digne de saluer le départ d’une telle génération de journalistes… On se consolera en songeant que s’il s’était agit de la rédaction du quotidien Présent ou encore de celle de TV Libertés, par exemple, on n’aurait guère assisté à de tels simulacres de compassion. 


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